Obligation zéro coupon : prix, rendement, fiscalité
Une obligation zéro coupon ne verse aucun intérêt pendant sa vie : elle s'achète nettement sous le pair et rembourse 100 % du nominal à l'échéance. Toute la rémunération tient dans l'écart entre le prix payé et le montant remboursé, ce qui en fait l'instrument le plus simple à valoriser… et le plus sensible aux taux.
Le prix se déduit d'une seule formule
Le prix vaut le nominal actualisé au taux de marché sur la durée restante : P = N / (1 + r)n. Pour un titre de 1 000 € remboursé dans 10 ans, avec un taux exigé de 3,5 % : 1,03510 = 1,4106, donc P = 1 000 / 1,4106 = 708,92 €. Vous décaissez 708,92 € aujourd'hui et encaissez 1 000 € dans dix ans : 291,08 € de gain, soit exactement 3,5 % actuariel par an.
Cette égalité entre prix et actualisation est la définition même du taux actuariel. C'est pourquoi les zéro coupon servent de brique de base à la construction de la courbe zéro coupon, dont on déduit ensuite la valorisation de toutes les autres obligations.
Sensibilité maximale : la duration égale la maturité
| Taux exigé | Prix | Écart vs 3,5 % |
|---|---|---|
| 2,5 % | 781,20 € | +10,2 % |
| 3,5 % | 708,92 € | — |
| 4,5 % | 643,93 € | −9,2 % |
Comme aucun flux intermédiaire n'est perçu, la duration d'un zéro coupon est égale à sa maturité : 10 ans ici, contre environ 8,6 ans pour une obligation à taux fixe de même échéance servant 3,5 % de coupon. À maturité identique, le zéro coupon amplifie donc les mouvements, à la hausse comme à la baisse. C'est l'instrument privilégié pour prendre un pari directionnel sur les taux longs — et le pire choix si vous risquez de devoir vendre au mauvais moment.
Le seul titre sans risque de réinvestissement
Sur une obligation classique, chaque coupon encaissé doit être replacé à un taux inconnu : le rendement réellement obtenu diffère du rendement affiché à l'achat. Ce risque de réinvestissement disparaît avec un zéro coupon, puisqu'il n'y a rien à réinvestir. Si vous devez disposer d'une somme précise à une date précise — soulte de succession, apport pour un achat immobilier dans huit ans —, le zéro coupon adosse parfaitement l'actif au passif. C'est d'ailleurs la logique utilisée par les assureurs et les caisses de retraite.
Sur le marché français, ces titres existent principalement sous forme de STRIPS : le principal et chaque coupon d'une OAT sont détachés puis négociés séparément, chaque morceau devenant un zéro coupon autonome. Les BTF, titres de trésorerie de l'État français à moins d'un an, fonctionnent aussi sur ce principe d'escompte.
Ce qu'il faut vérifier avant d'en acheter
Le risque de crédit est concentré à l'échéance : aucun coupon ne vous est versé entre-temps, donc en cas de défaut de paiement à mi-parcours vous n'aurez rien récupéré du tout. La qualité de signature devient donc déterminante : les émetteurs de premier rang, typiquement les obligations d'État, réduisent nettement cette exposition. Vérifiez ensuite la liquidité : les strips longs se traitent avec des écarts de prix plus larges que les souches d'origine. Pour replacer cette structure parmi les autres, consultez la page pilier obligation, et comparez avec l'obligation indexée sur l'inflation si votre objectif est de préserver un pouvoir d'achat plutôt qu'un montant nominal.
Questions fréquentes
Un zéro coupon rapporte-t-il moins qu'une obligation à coupon ?
Non : à émetteur et maturité comparables, le rendement actuariel est proche. La différence porte sur la forme du gain — plus-value unique au lieu de revenus étalés — et sur la date de l'imposition, pas sur le niveau de rémunération.
Peut-on revendre un zéro coupon avant l'échéance ?
Oui, au prix de marché du jour, qui dépend du taux exigé et de la durée restante. Une revente après une hausse des taux peut se solder par une moins-value marquée, l'écart de prix étant proportionnellement plus fort que sur un titre à coupon.
À quoi sert la courbe zéro coupon ?
Elle donne le taux d'actualisation propre à chaque échéance, sans distorsion liée aux coupons intermédiaires. Les professionnels s'en servent pour valoriser toutes les obligations et pour extraire les taux forward implicites du marché.