Risque de réinvestissement : définition
Le risque de réinvestissement est le risque de devoir replacer les coupons — ou un capital remboursé par anticipation — à un taux inférieur à celui du placement d'origine. C'est le symétrique du risque de taux : il se réalise quand les taux baissent, au moment où la valeur du portefeuille, elle, monte.
Le mécanisme : le rendement affiché suppose un replacement
Le rendement à l'échéance affiché à l'achat n'est atteint que si chaque coupon est replacé jusqu'au terme au taux de ce même rendement. Cette hypothèse, invisible dans la formule, est presque toujours fausse. Plus le coupon est élevé et l'échéance lointaine, plus la part du résultat final qui dépend de ce replacement est grande.
La mesure : 22 points de base d'écart sur cinq ans
Une obligation de 1 000 €, coupon 4 %, cinq ans, achetée au pair. Elle verse 40 € par an.
| Taux de replacement | Coupons capitalisés | Total à l'échéance | Rendement réalisé |
|---|---|---|---|
| 4,0 % | 216,65 € | 1 216,65 € | 4,00 % |
| 1,0 % | 204,04 € | 1 204,04 € | 3,78 % |
Douze euros et soixante centimes de manque à gagner suffisent à ramener le rendement réellement obtenu de 4,00 % à 3,78 %, soit 22 points de base. Sur vingt ans, le même écart de taux de replacement coûterait plus de 60 points de base : l'effet grandit avec la durée.
Les situations les plus exposées
Trois cas concentrent le risque. Les titres à coupon élevé, dont une grande partie de la valeur est versée avant l'échéance. Les obligations rappelables : un émetteur exerce son call précisément quand les taux ont baissé, et vous rend un capital à replacer moins cher. Enfin les emprunts amortissables, qui restituent le principal par fractions ; à l'opposé, le remboursement in fine concentre tout au terme.
Comment le limiter
Une obligation zéro coupon conservée jusqu'à l'échéance annule ce risque : sans flux intermédiaire, il n'y a rien à replacer, et le rendement affiché est le rendement obtenu. Même logique pour les strips. Sinon, une échelle obligataire lisse le problème en étalant les dates de réinvestissement, et allonger la duration verrouille plus longtemps le taux d'aujourd'hui — au prix d'un risque de taux accru. Les deux risques ne peuvent pas être annulés ensemble : on les arbitre.